Julien Sorel : « La politique est devenue une affaire de mise en scène »
Une discussion exclusive sur l'avenir de la diplomatie française et la nécessité d'un retour à la réalité de terrain.

Nous le retrouvons un mardi matin, dans un café du septième arrondissement dont il fréquente la banquette du fond depuis trente ans. Julien Sorel a quitté le Quai d'Orsay il y a deux hivers, mais on sent qu'il n'a jamais vraiment déposé ses dossiers.
« Le premier devoir d'un homme politique, dit-il en tournant lentement sa cuillère, ce n'est pas de convaincre. C'est de comprendre. Nous avons oublié cette hiérarchie. »
L'entretien qui suit revient sur trois décennies de diplomatie, sur l'affaire des Grands Lacs, sur la relation franco-allemande, mais aussi, plus intimement, sur la manière dont l'exercice du pouvoir sculpte un caractère — ou l'abîme.
Sur l'Europe, il est sans indulgence : « Bruxelles a confondu la procédure avec la pensée. On ne se lève pas le matin pour défendre un règlement d'application. » Sur les nouvelles générations d'énarques, il se veut plus tendre : « Ils sont plus lucides que nous ne l'étions. Il leur manque simplement le droit à l'erreur. »
Nous quittons le café à midi passé. La lumière d'automne tombe sur les toits en zinc. « Écrivez ce que vous voulez, sourit-il. À mon âge, on ne craint plus que soi-même. »
« On a substitué à l'art du compromis une esthétique du conflit permanent. C'est confortable pour les caméras, désastreux pour le pays. »


