Nº 1 · Édition mensuelleParis · 2026

Julien Sorel : « La politique est devenue une affaire de mise en scène »

Une discussion exclusive sur l'avenir de la diplomatie française et la nécessité d'un retour à la réalité de terrain.

Julien Sorel, ancien diplomate, dans un café parisien
Julien Sorel, ancien diplomate, dans un café parisien

Nous le retrouvons un mardi matin, dans un café du septième arrondissement dont il fréquente la banquette du fond depuis trente ans. Julien Sorel a quitté le Quai d'Orsay il y a deux hivers, mais on sent qu'il n'a jamais vraiment déposé ses dossiers.

« Le premier devoir d'un homme politique, dit-il en tournant lentement sa cuillère, ce n'est pas de convaincre. C'est de comprendre. Nous avons oublié cette hiérarchie. »

L'entretien qui suit revient sur trois décennies de diplomatie, sur l'affaire des Grands Lacs, sur la relation franco-allemande, mais aussi, plus intimement, sur la manière dont l'exercice du pouvoir sculpte un caractère — ou l'abîme.

Sur l'Europe, il est sans indulgence : « Bruxelles a confondu la procédure avec la pensée. On ne se lève pas le matin pour défendre un règlement d'application. » Sur les nouvelles générations d'énarques, il se veut plus tendre : « Ils sont plus lucides que nous ne l'étions. Il leur manque simplement le droit à l'erreur. »

Nous quittons le café à midi passé. La lumière d'automne tombe sur les toits en zinc. « Écrivez ce que vous voulez, sourit-il. À mon âge, on ne craint plus que soi-même. »

« On a substitué à l'art du compromis une esthétique du conflit permanent. C'est confortable pour les caméras, désastreux pour le pays. »

Texte · Clémentine Rochefort

№ 12 — 2026
La Lettre — chaque dimanche

Une revue de la semaine, écrite à la main.

Nos entretiens, nos enquêtes et nos chroniques d'art de vivre, réunis dans une lettre confidentielle. Nous n'envoyons rien d'autre.